Bozar, institution culturelle emblématique de Bruxelles, souhaite rendre la culture plus accessible et plus représentative de la diversité de la société belge. Mais comment cette ambition se traduit-elle concrètement ? Nous avons rencontré Anna Vondracek, coordinatrice diversité et inclusion, pour comprendre les défis et les initiatives mises en place au sein de l’institution.
À Bruxelles, Bozar occupe une place particulière dans le paysage culturel. Institution internationale et multidisciplinaire, elle accueille chaque année un public très large à travers ses expositions, concerts, débats, projections et autres activités artistiques. Mais derrière cette programmation riche, Bozar réfléchit aussi à une question essentielle : comment faire de la diversité et de l’inclusion une réalité concrète, à la fois pour ses équipes et pour son public ?
Pour Anna, la diversité n’est pas un sujet secondaire chez Bozar : elle est directement liée à la mission de l’institution. Bozar se définit comme une maison internationale, à la croisée de Bruxelles, de l’Europe et du monde. Sa vocation est de rendre l’art accessible à tous et de toucher non seulement un large public, mais aussi des personnes issues d’horizons variés.
Cette volonté se traduit à travers la programmation, mais aussi à travers des actions concrètes destinées à toucher des personnes qui ne viennent pas spontanément à Bozar. Comme l’explique Anna, l’institution essaie « d’aller activement à la recherche du public ».
L’institution cherche notamment à aller vers des publics éloignés pour des raisons sociales, géographiques ou financières, afin que la culture ne reste pas réservée à un cercle limité.
Bozar a déjà mis en place plusieurs initiatives pour rendre la culture plus accessible. Parmi elles, on retrouve des programmes spécifiques pour les écoles, souvent gratuits grâce au soutien de fondations ou de partenaires. Ces projets permettent de toucher des enfants et des jeunes qui n’auraient peut-être jamais franchi les portes de l’institution.
L’établissement développe aussi des visites guidées, des projets participatifs, des réductions tarifaires et des collaborations avec des ASBL de quartier et des maisons de quartier à Bruxelles. L’idée est simple : créer davantage de liens avec des publics différents et construire des ponts entre le monde culturel et la société dans son ensemble.
La réflexion sur l’inclusion ne concerne pas uniquement le public. Elle s’applique également aux équipes de Bozar. L’institution recrute régulièrement du personnel et la diversité (de genre, d’âge, de parcours…) des équipes est un critère important. Son personnel comporte de nombreux métiers divers : de l’accueil et de la médiation à la programmation artistique, en passant par les métiers techniques, de la communication ou encore de l’administration.
Anna explique que Bozar cherche désormais à rendre cette démarche plus structurelle. Depuis plusieurs années, l’institution avançait de manière plutôt intuitive, en fonction des opportunités et des contextes. Aujourd’hui, l’objectif est de construire une véritable stratégie diversité et inclusion, en collaboration avec les ressources humaines, afin de favoriser un environnement de travail plus représentatif et plus accueillant.
Cette ambition est importante : une équipe diversifiée permet non seulement de mieux représenter la société, mais aussi de prendre de meilleures décisions, de générer davantage d’idées et de mieux comprendre les attentes du public.
La diversité se reflète aussi dans les choix artistiques. Chez Bozar, la question n’est pas seulement de programmer des artistes reconnus, mais aussi de veiller à la pluralité des récits, des origines, des disciplines et des esthétiques.
L’institution cherche à ouvrir ses scènes à des artistes venus de différents continents et contextes, à équilibrer la représentation entre femmes et hommes, et à proposer des univers artistiques variés. Cette attention est particulièrement importante dans des domaines comme la musique classique, où les déséquilibres restent importants.
Bozar souhaite également élargir son public en proposant des formes artistiques qui parlent à plusieurs générations et à des sensibilités différentes. La diversité n’est donc pas seulement une question d’image : elle influence directement la programmation elle-même.
Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent. L’un des plus importants concerne le recrutement. Même lorsque les offres d’emploi sont rédigées de manière inclusive, il reste difficile de toucher des réseaux que Bozar ne fréquente pas encore suffisamment. Autrement dit, la question n’est pas seulement d’écrire des annonces ouvertes, mais aussi de les diffuser dans des cercles plus larges et plus variés.
Un autre défi est lié à l’image de l’institution. Bozar reconnaît qu’elle reste parfois perçue comme un lieu classique, blanc et élitiste, ce qui peut freiner certaines personnes. L’institution travaille donc aussi sur sa communication et son image, pour montrer qu’elle est plus ouverte et plus accessible qu’on ne le pense parfois.
Certains défis échappent également au contrôle direct de l’institution. Anna reconnaît que des membres du personnel peuvent parfois être confrontés à des remarques racistes ou discriminatoires, notamment lorsqu’ils portent le hijab ou ont une autre origine. Face à ces comportements, Bozar affirme adopter une politique de tolérance zéro et insiste sur l’importance de protéger ses équipes.
D’après Anna, le premier conseil à donner à une entreprise qui souhaite devenir plus inclusive est simple : commencer par réellement s’y intéresser. La diversité peut sembler complexe au départ, mais il est souvent possible d’avancer progressivement grâce à de petites améliorations concrètes.
« La diversité n’est pas une contrainte, mais une force », souligne Anna. Selon elle, des équipes plus diverses permettent de prendre de meilleures décisions, de mieux comprendre la société et d’encourager l’innovation.
Elle rappelle aussi que, dans une ville comme Bruxelles, où la population est particulièrement diverse, il devient indispensable de prendre ces questions au sérieux. Pour elle, l’inclusion n’est pas une tendance passagère, mais une nécessité pour les organisations qui souhaitent évoluer avec la société actuelle.
Ce message résonne particulièrement avec la mission de Hijabis at Work : montrer que l’inclusion ne doit pas être pensée comme un effort ponctuel, mais comme une démarche durable, utile et porteuse de sens pour les organisations comme pour la société.
L’exemple de Bozar montre qu’une institution culturelle peut jouer un rôle important dans la promotion de la diversité, à condition d’agir à plusieurs niveaux : dans sa programmation, dans ses recrutements, dans sa communication et dans sa relation avec le public.
L’inclusion ne se décrète pas du jour au lendemain. Elle se construit avec de la réflexion, des moyens, du temps et surtout une réelle volonté d’évoluer.
Aujourd’hui, Bozar cherche justement à transformer cette volonté en une stratégie plus claire, plus structurée et plus visible, afin que la diversité ne reste pas une intention, mais devienne une réalité durable au sein de l’institution.
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